Les Voyageurs de l'Imaginaire


Un hommage à Pierre Bottero
 
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 Entre rêve et réalité

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Chalilodimun
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MessageSujet: Entre rêve et réalité   Jeu 23 Aoû - 15:12

Chapitre 1

Un violent coup de vent se fit, réveillant le jeune homme qui s’était endormi entre les hautes herbes du champ. Il cligna deux fois des yeux avant qu’il ne se réveille complètement. Il se mit immédiatement sur ses deux jambes et se maudit pour s’être assoupi. Mais en même temps, le soleil avait diffusé une chaleur assez rare dans ses plateaux. Pendant qu’il s’amusait à deviner à quoi pouvait ressembler tel ou tel nuage, il s’était laissé emporter par cette douce mélodie que faisait le vent entre les herbes…
Il se mit à courir. Son père allait encore le gronder pour avoir passé toute la journée dehors au lieu de l’aider dans son travail. Il s’en voulut un peu de l’avoir laissé tout seul avec des coureurs et sa petite sœur à s’occuper. Mais à son âge, il avait envie de découvrir ce que lui cachait le monde et voulait plus de liberté que celle que lui accordait son père.
Et plus que tout, il souhaitait devenir un grand Dessinateur. C’était son rêve depuis qu’il avait commencé à maîtriser l’art du Dessin. Cependant, dès qu’il l’utilisait, son père se mettait en colère contre lui et l’enfermait dans sa chambre jusqu’à la fin de la journée et parfois même, jusqu’au lendemain. Il ne comprenait pas cette colère qui envahissait son père.
Il sauta par dessus un arbre renversé lors d’une tempête. Il adorait cette ivresse que lui procurait la vitesse. Cette impression qu’il courait après le secret de l’univers, qu’il courait après la vie. Cette sensation était pour lui le meilleur des trésors.
Puis il arriva près de son petit village où on ne vivait que de l’agriculture et de l’élevage. Il l’aimait bien – après tout, c’était là qu’il était né – mais il voulait connaître d’autres horizons et découvrir Gwendalavir. C’est pour cela qu’il avait décidé que quoi qu’en dise son père ou les gens du village, il rejoindrait les caravanes venant d’Al-Far cet hiver même, que ce soit en catimini ou non.
Il ralentit son allure jusqu’à se retrouver en train de marcher. Le soleil avait bien baissé depuis qu’il avait quitté le village. Face à sa maison qui n’était qu’une ancienne ferme, il ouvrit la porte d’entrée le plus silencieusement possible.
Mais alors qu’il cherchait à éviter son père, celui-ci l’attendait de pied ferme. Ils se regardèrent. Le jeune homme, un peu honteux, et le père, en colère. Ce dernier prit la parole, sans essayer de cacher la colère qui transparaissait.
- Marouën.
- … Oui, papa ?
Marouën s’était exprimé d’une voix un peu inquiète, redoutant la colère destructive de son père.
- Où étais-tu ?
- Sorti…
- Peux-tu me dire combien de fois tu es sorti cette semaine ?
- …
- Quatre fois ! Tu es sorti quatre fois, et ce, toute la journée ! En me laissant m’occuper de ta sœur et des coureurs tout seul !
- …
- Tu sais pourtant bien que je commence à devenir vieux.
C’était toujours cette phrase. Cette phrase qui faisait douter Marouën sur son idée de rejoindre les caravanes. Il ne pouvait pas laisser son père seul avec sa sœur alors qu’il vieillissait beaucoup trop vite. Mais les gens du village seraient là, près de lui, pour l’aider.
Cependant, malgré cette évidence, Marouën doutait. Il sortit de ses pensées quand son père demanda, exaspéré :
- Et quelle est ton excuse cette fois ?
Marouën lui répondit alors, la même excuse que toutes les autres fois :
- Je voulais écouter ce que me disaient la nature et le ciel.
Le père de Marouën se tut quelques instants devant cette phrase qui était toujours la même. Il ressemblait tellement à sa mère… Mais il ne se laissa pas attendrir comme il le faisait au début des escapades de son fils.
- File dans ta chambre, tu ne mangeras pas ce soir.
Marouën protesta : déjà qu’il n’avait mangé à midi que quelques fraises et framboises trouvées en chemin. Son père fit taire ses protestations d’un geste de la main tout en disant :
- Voilà ce qui arrive à ceux qui ne travaillent pas ! Maintenant, monte dans ta chambre !
Le jeune homme, d’un pas lourd, monta les marches de l’escalier en bois et entra dans sa chambre après avoir refermé violemment la porte de celle-ci.
La première chose qu’il fit, fut d’enfoncer sa tête dans son oreiller et de crier de toutes ses forces. Cela le calmait et lui évitait de fondre en larmes. Quand il fut calmé, il s’assit en tailleur sur son lit, son coussin dans les bras.
Il se demanda comment passer le temps et comment ne pas penser à son estomac qui n’allait pas tarder à gronder. Alors il tendit sa main droite grande ouverte devant lui et plongea dans les Spires. Quelques secondes plus tard, chacun de ses doigts étaient illuminés d’une couleur différente. Il eut un petit sourire et s’amusa à étirer la lumière pour faire des formes diverses et variées. Puis il éteignit ses doigts et fit apparaître une pierre violette qu’il fit rouler dans sa main pour mieux l’examiner. Mais elle disparut au bout de quelques minutes, Marouën ne pouvant pas la maintenir dans la réalité plus longtemps.
Il se reposa un peu. Voilà à quoi ça le menait de ne pas utiliser son pouvoir plus souvent. Il était fatigué après quelques petits efforts. Ça l’énervait.

Il s’était assoupi et se réveilla en sentant une délicieuse odeur. Sa famille était en train de manger ! Son ventre gargouilla et il serra les dents. Ce n’était pas la première fois que son père le privait de nourriture mais à chaque fois, il avait l’impression que son ventre se tordait dans tous les sens et qu’il s’auto-digérait. C’était vraiment très désagréable.
Puis il eut une idée. Et s’il Dessinait son propre repas ? Il décida donc de commencer par quelque chose de simple : il Dessina un pomme en imaginant son goût exquis, le jus couler dans sa bouche et le rassasier.
Une belle pomme rouge apparut sur son lit. Il s’empressa de la prendre et de croquer dedans. Elle était exactement comme il l’avait imaginé. Il la termina rapidement et s’allongea sur son lit de contentement.
Cependant, le Dessin prit fin peu de temps après, le rendant encore plus affamé qu’il ne l’était avant. Marouën jura pour ne pas avoir pensé à ça. Énervé, il se leva de son lit et ouvrit la fenêtre. L’air frais qu’il reçu lui fit un bien fou et il oublia pendant quelques instants la faim qui le tiraillait. Il regarda en bas et se dit que s’il avait été un peu plus courageux, il aurait sauté de la fenêtre de sa chambre qui était un peu trop haute à son goût.
Il posa ses yeux sur l’enclos des coureurs qui avaient tous fermés l’œil. Tous sauf un. Quand celui-ci vit Marouën à sa fenêtre, il courut au plus près possible de lui. Il était différent des autres coureurs par le collier que Marouën lui avait tressé : c’était son coureur domestique.
Marouën sourit et lui fit un petit signe. En réponse à cela, le coureur tourna sur lui-même et poussa un léger cri avant de s’asseoir et de fermer les yeux. Il s’endormit quelques instants après.
Le jeune Alavirien  quitta du regard son coureur endormi et porta son attention sur la demi-lune qui éclairait le ciel de son bel éclat argenté. Marouën l’aimait plus que  le soleil, sa luminosité n’aveuglant pas les gens et sa proximité lui permettait de rêver plus qu’avec l’astre solaire. La lune était aussi celle qui veillait sur lui la nuit.
Perdu dans sa contemplation, il avait complètement oublié sa faim. Puis la nuit se fit beaucoup plus sombre. Marouën alluma une bougie, projetant une clarté orangée dans la chambre. Il retourna voir son amie du soir mais il fut arraché de ses pensées par la porte qui s’ouvrit légèrement. Il se retourna et vit sa petite sœur apparaître dans l’encadrement de celle-ci qu’elle repoussa derrière elle.
- Qu’est-ce que tu fais là, Érina ?
Elle s’approcha de Marouën sans répondre et tendit les bras vers lui. Son grand frère comprit immédiatement et la prit dans ses bras. Elle nicha sa petite tête brune et bouclée dans le creux de son cou et ferma les yeux.
Marouën la dorlota jusqu’à ce que son ventre crie famine, lui colorant les pommettes de rouge.
- T’as faim ? murmura Érina.
- Hm… moui.
- Pose-moi, ordonna-t-elle.
Marouën obéit, se demandant ce que sa sœur comptait faire. Cette dernière fouilla dans ses poches et sortit un morceau de coureur ainsi que quelques patates qui devaient baigner dans le ragout de coureur. Ces deux aliments étaient poisseux et les poches de l’enfant étaient sûrement très sales. Mais Marouën était touché par ce que cela signifiait.
- Tu as pris ça pour moi ? demanda-t-il.
- Voui. Mange !
- Oui oui, je fais ça tout de suite.
Il prit une patate des mains de sa sœur et la mit dans sa bouche, savourant ce petit bout de repas ordinaire. Il mangea goulument le reste de ce que sa petite sœur avait chapardé.
Quand il eut terminé, Érina applaudit de ses petites mains qu’elle avait essuyées sur son tee-shirt.
- Ze t’aime ! dit-elle en lui sautant au cou.
- Moi aussi Érina, moi aussi.
Marouën s’assit sur son lit, sa petite sœur dans les bras. Tandis qu’à la porte entrouverte, leur père les regardait, ému par ce spectacle. Puis le vieil éleveur décida de les laisser tranquilles et partit se coucher.
Marouën caressait les cheveux pleins de boucles de sa petite sœur alors que celle-ci commençait à peiner à garder les yeux ouverts. Mais elle demanda quand même :
- Montre-moi le tour !
- Le tour ?
- Oui, le tour ! s’énerva-t-elle.
De quoi voulait-elle parler ? Marouën mit longtemps à comprendre ce qu’elle voulait. Ayant saisit son souhait, il lui fit plaisir en lui faisant son « tour » : il Dessina. Comme un peu plus tôt, il alluma chacun de ses doigts d’une couleur différente et les fit danser devant les yeux éblouis de sa sœur.
Elle en attrapa un et le regarda fixement. La lumière jaune qui l’ornait fondit sur elle dans un arc-en-ciel de couleur, la faisant sursauter. Puis elle rit d’un rire que seul les jeunes enfants possèdent. Il était plein de vie, heureux et innocent.
Marouën éteignit les lumières de ses doigts dans un feu d’artifice miniature. Il embrassa le front d'Érina avant de dire :
- Alors, il était bien mon tour ?
- Voui !
- Tu voudras que je t’en montre d’autre, une autre fois ?
- Voui !
- Tu veux dormir avec moi ?
- Voui !
- Tu veux te faire manger par une goule ?
- Voui ! … Non !
Marouën éclata de rire devant la tête de sa petite sœur. Cette dernière lui donna un petit coup de poing sur le bras et son frère fit comme s’il avait horriblement mal.
- Emmène-moi à Tintiane Érina ! Sinon je vais mourir ! fit-il en se tenant l’endroit où sa sœur l’avait frappé et en fermant les yeux.
L’expression d’Érina se fit inquiète et elle commença à pleurer à chaudes larmes. Quand il entendit ça, Marouën arrêta immédiatement de jouer la comédie.
- Hé, pleure pas, c’était une blague.
Mais Érina continua de sangloter, le plongeant dans le plus grand désarroi. Alors il la serra un peu plus dans ses bras et la berça tendrement. Ses pleurs s’espacèrent jusqu’à disparaître.
- Méchant, dit-elle.
- Je sais.
- Tu meures pas ?
- Non je meure pas.
- Tu promets ?
- Je promets.
Elle parut contente des réponses. Marouën l’installa sous les couvertures et l’y rejoignit après avoir soufflé la bougie. Ils s’endormirent quelques temps après, la fenêtre toujours ouverte.

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MessageSujet: Re: Entre rêve et réalité   Ven 31 Aoû - 13:16

Chapitre 2

Marouën était en train de panser un coureur sous les yeux pleins d’admiration d’Érina. Il l’aimait beaucoup sa petite sœur et la séparation qui allait se produire lors du passage des caravanes lui faisait mal. Mais il avait vraiment besoin de quitter ce village. Il pensa une seconde à l’idée de l’emmener avec elle mais il secoua la tête intérieurement. C’était une très mauvaise idée. D’abord, Érina était trop petite pour être capable de faire un voyage et deuxièmement, son père serait fou de douleur de son absence. Lui encore, ça pouvait passer… mais sa petite sœur…
Pendant qu’il était perdu dans ses pensées, Érina s’était approchée silencieusement de lui. Elle lui tapa le dos et s’enfuit en courant tout en criant :
- C’est toi le Ts’lich !
Marouën se prit au jeu et courut après sa sœur dans l’espoir de l’attraper mais, si Marouën était grand et courait vite, Érina était tel un petit chat. Elle se faufilait dans des endroits que son grand frère ne pouvait pas atteindre. Celui-ci ne l’avait toujours pas attrapée quand leur père qui était allé chez un ami les vit. Il leur demanda immédiatement d’arrêter de jouer au lieu de travailler, même s’il s’adressait plus particulièrement à son fils qu’à sa fille.
Érina courut rejoindre son père qui la prit dans ses bras.
- Je t’ai déjà dit de ne pas embêter ton frère quand il travaille.
- Mais euh…
- Va t’amuser dans la maison, ordonna-t-il en déposant la fillette à terre.
Érina le bouda et rentra dans la maison. Le vieil éleveur s’approcha de Marouën qui n’avait pas bougé depuis son arrivée.
- Comment vont les coureurs ?
- Bien, comme toujours.
Marouën lui en voulait encore un peu pour la veille, aussi garda-t-il un comportement froid et distant avec son père toute la journée.
Cependant, le lendemain, il retrouva son comportement habituel avec lui. Son père s’en rendit compte et, pour continuer sur cette bonne voie, l’envoya aider la famille de Lawoïs, le meilleur ami de Marouën. Celui-ci fut emporté par la joie et se dépêcha d’aller dans le champ où la famille de Lawoïs cultivait du niam et divers légumes.
Son meilleur ami était accroupi pour récolter les tomates enfin mûres. Marouën le prit par surprise en posant d’un coup une main sur son épaule. Lawoïs se retourna en sursautant pour voir qui c’était.
- Marouën ! Tu m’as fait peur. Qu’est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venu aider.
- Tu t’es encore « échappé », hein ?
- Mais non ! s’insurgea-t-il. C’est mon père qui m’a demandé ça.
Lawoïs le regarda quelques instants, suspicieux. Puis il tendit un panier tressé.
- Tiens. Et travaille bien.
- Oui oui.
Marouën commença alors la cueillette de tomates aux côtés de son ami. En même temps qu’ils travaillaient, ils discutaient de tout et de rien. Surtout de rien.
En fin de journée, ils furent rejoints par Malie. À sa vue, le cœur de Marouën s’emballa. Tous les garçons de village étaient d’accord là-dessus : Malie était la plus belle. De beaux cheveux blonds qui étincelaient au soleil, des yeux bleus magnifiques qui contenaient l’univers, une jolie bouche rouge, pleine de promesse et un corps de rêve.
Lawoïs, Malie et lui se connaissaient depuis tout petit et si au début de leur vie, les deux garçons aimait la jeune fille comme une sœur, maintenant, ils l’aimaient comme une femme. C’était la seule chose qui les faisait regretter d’être amis : difficile de séduire une fille quand son meilleur ami est toujours dans les parages.
Malie prit un panier d’osier et commença à aider ses amis. Sa voix d’oiseau se joignit à la conversation qui devint tout de suite plus animée, Malie connaissant toujours les derniers ragots du village.
Marouën se mit à douter quant à son départ. Il ne voulait pas quitter ses amis. « En ce moment, tout me fait douter. » pensa-t-il. Cela signifiait-il qu’il ne devait pas quitter le village ? Non ! Il ne devait croire qu’en lui et non à ce destin qui « précommanditait » tous ses faits et gestes. Il détestait cette idée qu’il n’était pas maître de ses actions. Ça y est ! Il avait décidé de partir quoi que le « destin » fasse pour l’en empêcher.
C’est sur cette pensée qu’il s’endormit ce soir-là. Pour la première fois, il rêva de sa vie hors du village.

Les jours passèrent, puis les semaines. Marouën montrait ses « tours » à sa sœur quand son père était occupé ailleurs. Il allait souvent aider la famille de Lawoïs tout en continuant à faire quelques « sorties », exaspérant son père.
Puis l’automne arriva ainsi que les premiers coups de froid. Marouën qui était d’une santé fragile resta cloué au lit pendant une semaine atteint d’une forte fièvre. Sa petite sœur se fit une joie de veiller sur lui. Il reçut la visite de Lawoïs et Malie. Érina qui était jalouse de cette dernière passa son temps à l’embêter et son grand frère la gronda ce qui la fit pleurer pendant longtemps.
Peu avant l’hiver, une tempête vint détruire nombre de plantation du village et tua la moitié de l’élevage de siffleur de l’ami du père de Marouën ainsi que trois de leurs coureurs. Cette année-là, on attendit avec impatience la venue des Itinérants.
Les caravanes vinrent au milieu de la saison froide avec un peu de retard. Une fête fut organisée et Marouën dansa avec Malie pour la première et dernière fois. Cependant, sa petite sœur toujours aussi jalouse réclama que son frère danse avec elle.
- À la prochaine danse Érina, répondit Marouën.
- Tu promets ?
- Je promets.
Alors Érina prit son mal en patience et s’assit sur une caisse en bois en regardant son grand frère avec amour. Quand le musicien commença une autre chanson, Marouën tint sa promesse et vint chercher sa sœur pour danser, laissant Malie à Lawoïs.
Il enchaîna les danses avec elle, sachant que c’était la dernière soirée qu’il passait en sa compagnie. Puis il commença à se faire tard et les yeux d’Érina commencèrent à se fermer tout seul. Marouën la prit dans ses bras.
- Ze veux encore danser… dit-elle, à moitié endormie.
- Tu auras encore plein d’autres occasions de danser.
- C’est vrai ?
- Oui.
Marouën poussa la porte de sa maison et monta les marches.
- Ze danse bien ?
- Très bien. Quand tu seras grande, tu deviendras une grande danseuse.
- Pas envie.
- Ah non ?
Il ouvrit la porte de la chambre d’Érina, la lumière du feu de camp sur la place du village projetait des ombres étranges dans la pièce.
- Qu’est-ce que tu veux être alors ?
- Ta femme !
La réponse surprit Marouën et il faillit lâcher Érina. Il posa la jeune fille dans son lit et dit :
- Tu peux pas être ma femme Érina, tu es ma sœur.
- M’en fiche ! Ze serai ta femme !
- On verra ça quand tu seras plus grande.
Il la borda et Érina s’endormit peu de temps après. Marouën lui embrassa le front. Il ferma la porte de la chambre le plus doucement possible. Son père n’était pas là, il était encore à la fête. Quand Marouën lui avait demandé à la fin de l’été s’il pouvait rejoindre les caravanes, le vieil éleveur lui avait tout de suite répondu non et avait ajouté que s’il le reprenait à parler de ça, il serait privé de nourriture pendant deux jours ! Marouën n’en avait donc plus parlé et avait décidé qu’il rejoindrait les caravanes sans le prévenir.
Il sortit pour passer un peu de temps avec son coureur domestique qu’il ne reverrait plus. Celui-ci lui fit la fête avant d’accepter les caresses de son maître.
Marouën étant sûr que les animaux pouvaient comprendre les humains, lui expliqua les raisons de sa prochaine absence.
L’Alavirien  sentit le Dessin naitre en lui, sans qu’il n’ait fait quoi que ce soit. Il se demanda à quoi il servait jusqu’à ce que le coureur pousse un cri. Mais au lieu d’entendre cela, il entendit parler, dans sa tête :
« Tu pars alors ? »
Marouën mit quelques secondes avant de concevoir que c’était son coureur qui lui parlait. Il comprit immédiatement que c’était le Dessin qui lui avait permis de passer outre les limites des langues. Alors il calma sa surprise et répondit le plus normalement du monde :
- Oui je pars.
« Tu vas me manquer petit homme. »
- À moi aussi.
Le volatile lui donna un petit coup de tête avant de rejoindre les autres coureurs.
Marouën, un peu troublé par cette expérience se rendit à la place du village où la fête suivait son cours. Il chercha des yeux Lawoïs et Malie qu’il trouva assis contre le mur d’une maison.
- Malie ! Lawoïs ! les appela-t-il.
Il s’approcha d’eux.
- Marouën, tu avais disparu, on se demandait où tu étais, dit Lawoïs.
- Je suis allé coucher Érina, elle dormait debout.
Ses deux amis se levèrent, faisant ainsi face à Marouën.
- J’ai quelque chose à vous avouer.
Ses deux amis se regardèrent, légèrement inquiets par le ton de Marouën.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Malie.
- Je vais rejoindre les Itinérants.
- Quoi ?! s’étonnèrent ses amis.
- Je vais rejoindre les Itinérants, répéta-t-il.
- C’est vrai ? s’enquit Lawoïs.
- Oui.
- Mais pourquoi ? demanda Malie.
- Je souhaite devenir Dessinateur. Et pour cela, il faut que je quitte le village. Le moyen le plus sûr est donc de partir avec les caravanes.
- Le voyage sera long… argumenta l’Alavirienne.
- Pas forcément. Notre village fait parti de ceux où les Itinérants passent en derniers. Ils doivent sûrement traverser trois ou quatre villages avant de rentrer à Al-Far.
- Je ne parlais pas de ça mais du voyage jusqu’à Al-Jeit.
- Je prendrais le temps qu’il faudra.
- Il n’y a aucun moyen de t’empêcher de prendre cette décision ? s’interrogea Lawoïs.
- Non, désolé. J’avais prévu de partir depuis longtemps.
- Tu reviendras souvent nous voir ? s’inquiéta Malie.
- Le plus souvent possible.
- Alors je suis de tout cœur avec toi.
Elle l’enlaça et lui déposa un baiser sur la joue. Marouën fut content que le feu de camps produise une forte chaleur : comme ça, on ne pouvait pas remarquer qu’il avait rougi. Lawoïs le prit à son tour dans ses bras. Il s’éloigna de lui pour enlever le collier qu’il portait à son cou et le tendit à Marouën.
- Tiens. Comme ça tu penseras à moi.
- Je… je ne peux pas accepter, dit-il.
Le collier que Lawoïs lui tendait était la fierté de sa famille et se transmettait depuis des générations. Deux perles d’une beauté exceptionnelle étaient reliées par une lanière en argent. C’était un présent d’une valeur inimaginable.
- Prends-le ! ordonna Lawoïs.
- Mais…
Sans que Marouën puisse dire quoi que ce soit, Lawoïs mit le collier autour de son cou. Marouën le toucha du bout des doigts.
- Tu es sûr ?
- Sûr. Prends-le. Il te servira plus qu’à moi.
- Si tu insistes… Merci.
Marouën était vraiment ému, par l’idée de les quitter et par ce présent.
- J’en prendrais grand soin.
- J’y compte bien.
- Malie, Lawoïs, merci pour tout ce que vous avez fait pour moi jusqu’à aujourd’hui. Si un jour vous avez besoin d’aide, je viendrais immédiatement.
Une larme coula des yeux de Malie tandis que Lawoïs dit :
- C’est à nous de dire ça !
Un court instant, ils ne dirent rien.
- J’ai une faveur à vous demander, fit Marouën.
- Laquelle ? demanda Lawoïs.
- Ne dites à personne que je pars, du moins jusqu’à demain.
- … D’accord, dirent ses amis après une légère hésitation.
- Merci. Bon, je vais voir le chef des Itinérants pour obtenir son autorisation.
- Bonne chance.
Marouën les quitta sans se retourner, un nœud dans la gorge. Il se dirigea vers le chef des Itinérants. C’était un homme qui avait l’air de beaucoup aimer la bière. Depuis le début de la fête, il avait terminé à lui tout seul trois tonneaux remplis de bière. Mais quand Marouën s’adressa à lui, l’Itinérant était étonnement lucide.
- … Bonsoir.
- Qu’est-ce que tu veux gamin ?
- J’aimerais rejoindre le convoi, hésita Marouën.
- Tu as de l’argent ?
- Oui, mais pas sur moi. Pourquoi ?
- Si tu rejoins le convoi en tant que simple passager, il faut payer le prix.
- Ah…
- À moins que tu saches faire quelque chose d’utile. Tu sais chasser ? Tenir une arme ? Préparer à manger ?
- Dessiner. Je sais Dessiner.
Les yeux de l’Itinérant s’agrandirent de surprise.
- Vraiment ?
- Oui.
- Prouve-le moi.
Marouën fit apparaître une lumière rouge et la fit voler devant leurs yeux. Il la fit crépiter avant qu’elle ne disparaisse. L’Itinérant hocha la tête et dit :
- Un jeune ogre a attaqué le convoi pendant la route. Il a fallu plus de dix Thüls pour en venir à bout. Le Dessinateur qui était chargé de la protection des caravanes a été une des premières victimes. Tu le remplaceras.
- Je te remercie.
- Attends plutôt qu’on soit arrivés à Al-Far pour me remercier. Je veux que tu sois présent aux caravanes à l’aube. Sinon, on ne t’attendra pas et on partira sans toi. C’est bien compris ?
- Oui.
Le chef des Itinérants retourna à sa boisson et Marouën rentra chez lui pour prendre quelques heures de repos. Mais il eut du mal à s’endormir tant il était excité. Il réussit cependant après un certain temps à s’assoupir.

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Dernière édition par Chalilodimun le Sam 3 Aoû - 13:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Entre rêve et réalité   Mer 13 Mar - 22:20

Chapitre 3

Marouën se réveilla peu avant le lever du soleil. Il s’habilla avec des vêtements chauds et en mit aussi quelques uns dans son baluchon. Il s’équipa du poignard que son père lui avait offert il y a deux ans. Sa bourse à la ceinture, il était fin prêt. Le jeune Alavirien ouvrit silencieusement la porte de sa chambre et descendit les escaliers en espérant que les marches ne craquent pas.
Il entra dans la cuisine/salle à manger et se dirigea vers le sellier où il prit des vivres pour quelques jours. Les Itinérants avaient peut-être accepté de le prendre avec eux mais il doutait quant à la portion de nourriture qu’on lui offrirait.
Il saisit un papier qui traînait sur la table et prit un crayon. Quand il était plus jeune, son père avait insisté pour qu’il apprenne à lire et écrire, jugeant qu’il était toujours préférable de savoir ce que l’on signait. Il en connaissait des paysans qui avaient signé des papiers dont ils ne comprenaient pas un mot et qui s’étaient retrouvés sans rien. Il préférait savoir son fils capable de se débrouiller seul s’il lui arrivait malheur.
Marouën commença à écrire la lettre qu’il réservait à son père, à celui qui lui avait donné naissance, celui qu’il ne remercierait jamais assez :

Papa,
Tu te souviens de cette discussion que nous avons eue à la fin de l’été. Je te disais que je voulais rejoindre les caravanes. Je ne t’ai pas dit la vraie raison, celle qui me pousse à partir maintenant. J’ai envie d’être Dessinateur. J’ai l’impression que tu les détestes alors je n’ai jamais osé te le dire. J’espère que tu me pardonneras. Tu sais, j’adore Dessiner, ça fait parti de moi et je ne peux rien y faire.
Ce soir, je rejoins donc les Itinérants qui m’ont donné leur accord. On se rendra à Al-Far où j’étudierais les bases du Dessin. Mais mon but, c’est Al-Jeit où il y a la meilleure des académies. Je me doute que ça sera compliqué mais je le ferai, je ne renoncerai pas quoi qu’il arrive. Et quand je reviendrai, tu pourras être fier de moi.
Embrasse Érina pour moi et dis-lui que je l’aime.

Marouën



Après relecture, il jugea que la lettre était bonne et la posa en évidence sur la table à manger. Avant de passer le pas de la porte, il respira un grand coup. S’il voulait faire demi-tour, c’était sa dernière chance. Il avait vécu là pendant quinze ans. C’était difficile de quitter le nid, mais l’oisillon était devenu un oiseau.
Il mit le pied dehors.
Il faisait froid et le ciel se teintait de rose. L’air glacé s’infiltra dans ses vêtements pourtant chaud et le fit frissonner. Cette année, l’hiver sera difficile pour les gens de son village…
Quand il arriva au campement des Itinérants, il resta pendant quelques minutes sans bouger, ne sachant quoi faire. Puis il vit un Itinérant qui avait du mal à calmer un cheval qui avait sûrement du voir un Tslich tant il était apeuré. Il se dépêcha d’aller à sa rencontre et l’aida à apaiser le cheval fou.
L’Itinérant le remercia et lui demanda s’il était bien le nouveau Dessinateur. Marouën acquiesça. Alors l’Itinérant entreprit de lui expliquer toutes les règles des caravanes et de son rôle.

Érina ouvrit grand les yeux. Elle mit longtemps avant de comprendre que ce qui l’avait réveillée était le silence. Enfin… plutôt que le silence, c’était l’absence de la musique qui avait bercée sa nuit.
Soudain, elle se mit à trembler et incapable de se ressaisir, elle éclata en sanglot. Au bout de quelques minutes, elle réussit à se calmer. Elle descendit de son lit et se précipita dans la chambre de son grand frère. La pièce était vide.
Elle ne pleura pas. Elle avait compris. Alors elle retourna dans sa chambre et enleva la robe dans laquelle elle avait dormi. Elle chercha dans sa commode des vêtements chauds qu’elle s’empressa de mettre.
Le tissu qui lui servait de doudou à la main, elle quitta sa chambre et descendit l’escalier le plus silencieusement possible. En bas de celui-ci, elle entendit les ronflements de papa qui provenaient de sa chambre. Avant, il y dormait avec maman mais elle était partie quand Érina était née. Elle ne la connaissait pas mais Marouën lui avait raconté plein de chose sur elle et elle en était venue à aimer cette inconnue.
La petite fille hésita deux secondes quant à réveiller papa mais au final, elle ne le fit pas. Elle laça ses bottes rembourrées par la laine de mouton qui venait d’un village voisin. Elle sortit dehors sans remarquer le froid ambiant. Elle courut jusqu’à la place du village où s’était tenue la fête mais il n’y avait plus un chat. En fait si, il y en avait un. Il était assit par terre, sur le chemin menant à la sortie du village, vers le lieu où s’étaient posées les caravanes.
Érina passa devant lui sans essayer de le caresser alors qu’habituellement elle l’aurait fait. Le chemin lui parut interminable et elle crut qu’elle n’arriverait jamais au bout. Elle se retrouva finalement sur la plaine d’herbe sèche et jaune, givrée par le froid. Le campement était à plusieurs mètres de là.
Malgré le fait qu’elle était assez loin, elle vit ces grandes personnes qui lui faisait peur et que papa appelait « Thül ». Ils étaient en train de monter les dernières caisses de bois dans les caravanes et de se préparer au départ. Ils terminèrent rapidement ce travail et les premières caravanes de la file se mirent en marche.
Ce qu’elle remarqua la terrifia : son frère était assis dans l’une d’elle, en train de regarder le ciel. Alors elle courut. Aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient. Elle courut comme si sa vie en dépendait. Elle trébucha contre une pierre, son genou s’égratigna, laissant apparaître quelques gouttes de sang. Les larmes lui vinrent aux yeux mais elle se releva et continua à courir le plus vite possible.
Elle voulait hurler après ces gens qu’elle ne connaissait pas qui lui enlevait son frère mais elle ne pouvait pas. Courir ainsi lui drainait toute sa force.
Elle atteignit enfin la dernière caravane au moment où celle-ci se mettait en marche. Sans que personne ne se rende compte de sa présence, elle grimpa dans la carriole au prix de beaucoup d’effort.
Érina s’installa entre deux gros sacs de farine et son doudou toujours dans les mains, elle s’endormit.

Un peu plus tard, quand le père de Marouën et d’Érina se leva, un sentiment étrange remonta le long de son ventre. Il alla à l’étage pour réveiller Marouën mais il ne le trouva pas dans son lit. Il pesta contre son fils qui avait décidé de passer encore la journée dehors. Il pensait que le froid l’aurait arrêté mais non.
Il se rendit donc dans la chambre de sa fille. Cependant, son lit était vide aussi et la robe qu’elle portait la veille était en vrac par terre. Ce maudit fils incapable de tenir en place avait emmené Érina avec lui ! Cette fois, il gronderait fort.
En maugréant, il descendit l’escalier qui craquait vraiment beaucoup. Alors pourquoi n’entendait-il jamais son fils quand il partait en catimini ? Il se rendit dans la pièce commune qui faisait office de salle à manger et de cuisine.
Intrigué par le papier sur la table, il le prit et le déplia avant de commencer à le lire. Au début de sa lecture, le vieil éleveur fut en colère mais la tristesse l’envahit vite. Son fils était parti. Et cette fois, c’était pour de bon. Et il ne savait même pas s’il le reverrait un jour.
Mais alors, où était donc Érina ? Il s’inquiéta. Où pouvait-elle bien être ? Il chercha partout, même dans les endroits les plus improbables. Puis l’évidence se fraya dans son esprit : Érina avait suivi son frère !
Il s’effondra sur une chaise, accablé par le chagrin. Il venait de perdre ses deux enfants en l’espace d’une nuit. Qu’avait-il donc fait pour que cela arrive ? Une larme solitaire glissa le long de sa joue avant de s’écraser au sol.
Il lui fallut une heure avant de se faire à l’idée que son fils était parti en quête de liberté et d’aventure et que sa fille, complètement amoureuse de son frère, l’avait suivi. Il pria fort pour que Marouën s’occupe bien d’Érina.

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MessageSujet: Re: Entre rêve et réalité   Lun 5 Aoû - 13:56

Chapitre 4


Les yeux cernés, Marouën regardait la montée du soleil. Un vent froid balayait sauvagement la plaine, obligeant le jeune garçon à serrer contre lui la cape qui lui avait été donnée par un Itinérant. Il était fatigué et aurait bien voulu sombrer dans le sommeil.
Il n’avait pas eu un seul moment de repos. Alors qu’au tout début, il était perdu et se demandait ce qu’il pouvait bien faire, il s’était soudain retrouvé avec tout un tas de tâches sur les bras. Il n’en avait été libéré que lorsque toute la troupe s’installa à son poste, prête à partir. Marouën était monté dans une caravane et observait à présent le soleil levant.
Il ressentait un pincement au cœur. Son village lui manquait déjà. Sa famille, ses amis, son coureur, tout. Il se sentait désespérément seul et abandonné. Quelle ironie, c’était lui qui avait tout laissé tomber, pas l’inverse.
Il cligna plusieurs fois des yeux pour se débarrasser des larmes qui lui brouillaient la vue. Puis sans le vouloir, il se mit à bâiller. L’Alavirien assit à côté de lui et qui tenait les brides des chevaux lui conseilla d’aller se coucher. Marouën le remercia et rentra sous la toile de la caravane. Il s’installa entre deux caisses et s’endormit peu de temps après, comme l’avait fait sa petite sœur un peu plus tôt.

Un cahot plus fort que les autres acheva de sortir Érina du monde des songes. Elle écarta grand les bras, tout comme ses jambes. Elle se mit debout un peu maladroitement et s’étira un peu plus. La petite fille ramassa le morceau de tissu qui lui avait échappé pendant qu’elle dormait et se dirigea vers l’arrière de la caravane.
La plaine qu’elle connaissait depuis son enfance avait disparue pour laisser place à un grand terrain de terres et de cailloux, illuminés par le soleil de midi. Elle n’était plus chez elle. Elle était maintenant dans un monde qu’elle n’avait jamais envisagé explorer.
Sa maison lui manquait et elle voulait voir son papa. De grosses larmes coulèrent de ses yeux noisette. Elle blottit son doudou fort contre elle. Toujours en pleurant elle retourna sous la bâche de la caravane. Elle se rassit entre les deux sacs de farine et attendit.
Elle avait froid.

Un frisson prit Marouën qui était en train de manger un bâtonnet de coureur séché. Il avait l’impression qu’on l’avait attaqué par derrière. Mais ce n’était sûrement qu’une impression.
Il termina son bâtonnet et vérifia à l’aide du Dessin si aucune espèce avec des intentions malveillantes ne traînait dans le coin. Il effleura la conscience de nombreux petits animaux mais rien de bien méchant. Il établit son champ un peu plus loin mais ne trouva rien non plus.
Il allait arrêter son Dessin quand soudain quelque chose l’en empêcha, le bloquant dans l’Imagination. Marouën essaya de repousser l’attaque interne mais il n’était pas un Dessinateur assez puissant. Il se mit à suer à grosse gouttes en multipliant ses efforts mentaux pour repousser au plus loin cette présence négative. Son esprit n’arrivait toujours pas à rejoindre son corps même s’il avait une vague conscience de celui-ci. Il s’était coincé dans une sorte d’endroit où il n’était ni dans l’Imagination, ni dans la Réalité. Il commençait à paniquer. Ça n’allait pas du tout, et s’il ne partait pas vite de cette étrange dimension, il sentait qu’il y resterait coincé. Il fallait qu’il se sorte de là.
Il procéda alors autrement, abandonnant l’attaque. Il calma tout d’abord sa respiration saccadée, puis lentement, il ferma entièrement son esprit au monde extérieur. Le vide qu’il ressentit faillit lui faire perdre tous ses moyens, il avait l’impression d’être en train de tomber. De très, très haut. Marouën n’avait jamais connu la hauteur. Il avait toujours vécu au sol, sur la plaine. Les seuls endroits élevés étaient les arbres et le toit des maisons. Il avait le vertige et une forte envie de vomir. Mais il se reprit du mieux qu’il put et réinvestit l’Imagination, avec une confiance plus présente et une forte détermination. Ses émotions changeaient du tout au tout. Était-ce le fait qu’il perdait tous ses moyens ? Lentement, il déploya son pouvoir tout autour de lui et chercha partout l’origine de l’attaque, voulant y mettre fin au plus vite.
L'agresseur n’était pas si loin – même si il y avait une étrange aura tout autour de lui – et Marouën se dirigea vers lui. Celui-ci était assis en tailleur sur une des voies de l’Imagination. Le Dessinateur n’arrivait pas à voir à quoi il ressemblait, même s’il n’était qu’à une dizaine de pas de lui, l’aura brouillant les traits de l’agresseur. Il n’aurait su dire s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme, s’il était gros ou mince, musclé ou pas. Qui était-il ? Mais la vraie question ne serait pas plutôt : Qu’était-ce ?
Autour d’eux le silence en devenait assourdissant. Presqu’avec grâce, l’attaquant se releva. Une fois debout, il arqua son dos en arrière puis se tint droit. Il s’approcha de l’Alavirien et lui offrit un sourire qui paraissait sincère, sans aucune trace d’hypocrisie. Juste un sourire qui voulait dire « Ravi de te voir ici ». C’était très étrange de voir quelqu’un sourire sans même savoir à quoi il ressemblait.
Bonjour Marouën Erilic.
- Qui êtes-vous ?
Qui je suis n’a pas d’importance.
- Bien sûr que si ! s’énerva Marouën.
Il sentait ses forces s’amenuiser. Et comme il ne pouvait pas retourner dans son corps, s’il ne tenait pas, il mourrait. Ça le mettait hors de lui. Il détestait ne pas être maître de ses actions.
Apprends d’abord à te connaître avant de me demander qui je suis. J’ai une faveur à te demander Marouën.
- Pardon ?! Tu m’attaques et tu crois que je vais te rendre service ?!
Je ne t’ai pas attaqué, tu m’as empêché de t’atteindre, j’ai donc dû me débrouiller différemment.
- Qu’est-ce que tu veux ?
Une revanche.
- Pourquoi je me vengerais de quelqu’un que je ne connais pas ?
Ça te concerne.
- Désolé, je ne vois pas en quoi !
Cette discussion l’énervait. Lui qui était toujours prompt à la colère, c’était un miracle qu’à ce stade là, il n’ait pas déjà frappé son interlocuteur. Le fait aussi qu’il était comme paralysé l’y aidait un peu.
Calme-toi Marouën, je t’expliquerai plus tard, tu commences à t’épuiser et à ce train là, tu ne feras pas long feu.
Ceci dit, il s’approcha encore plus de Marouën qui tenta de reculer mais une force invisible l’empêchait de bouger. La personne posa la main sur le torse de Marouën. Ce dernier écarquilla les yeux quand il la vit entrer en lui en provoquant des sortes de remous, comme une pierre qui tombe à l’eau. Puis ce fut le bras entier. Marouën était horrifié. Il voulait s’enfuir le plus loin possible, être dans un endroit sûr.
Qu’est-ce que ce monstre était en train de faire ? Pourquoi s’attaquait-il à lui alors qu’il n’avait rien fait ? Il envahissait son corps, par Merwin ! Ne pouvait-il donc rien faire contre ça ? N’y avait-il pas quelqu’un pour le sauver ? Les larmes glissaient le long de ses joues, il tremblait de partout et la lèvre qu’il avait mordue inconsciemment devait sûrement saigner abondamment dans la Réalité.
Le monstre avait déjà fait disparaître la moitié de son corps à l’intérieur de celui de Marouën. Ce dernier espérait plus que tout que le supplice prenne fin. Il n’avait pas de douleur physique particulière (après tout, ce n’était que sa conscience qui était dans l’Imagination) mais voir son corps se faire envahir par un être extérieur n’était pas vraiment le mieux pour l’esprit.
Quelques secondes plus tard, le monstre avait complètement intégré le corps de Marouën, celui-ci libéré de la pression s’effondra au sol – ou plutôt ce qui faisait office de sol à l’Imagination.

Marouën haleta et ouvrit grand les yeux. L’Itinérant avec qui il partageait la caravane lui tenait la tête.
- Hé gamin, ça va pas ?
Marouën voulut parler mais juste un râle sorti de sa bouche. L’homme s’empressa de prendre sa gourde et de la donner à Marouën qui porta avec difficulté celle-ci à ses lèvres. Lorsque le magnifique liquide glissa dans sa gorge, il se sentit revivre.
Une fois qu’il eut apaisé sa soif, il tenta tant bien que mal de se mettre en position assise. L’Itinérant l’aida avant de demander :
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
- Je… je crois… que je me suis fait attaquer.
L’homme regarda autour de lui la plaine rocailleuse mais il n’y avait personne d’autre qu’eux dans les environs.
- Dans… l’Imagination, pas ici.
- Vraiment ?! Je n’ai jamais entendu parler de cas comme ça.
- Pourtant…
- Oui oui, je te crois, c’est juste pas commun.
- Hm…
- Et qu’est-ce qui s’est passé gamin ?
- Je sais pas… je comprends pas.
Les nerfs à bout, Marouën éclata en fort sanglot.
- Ouah gamin ! Pourquoi tu chiales ?
- J’ai… j’ai eu… vraiment… peur, lâcha-t-il dans un souffle.
- Ah… euh… c’est bon, c’est fini. Je crois…
Marouën essuya ses larmes glacées par le vent et renifla.
- Tu devrais aller te reposer. J’vais prévenir le chef de ce qui s’est passé.
- D’accord. Merci…
Marouën rentra dans la caravane et s’installa du mieux qu’il put. Cependant incapable de se calmer, il fut dans l’incapacité de s’endormir. Il passa donc son temps à ressasser ce qu’il s’était passé et se maudit d’avoir été aussi impuissant à se défendre.
Mais qui était ce monstre bordel ?

Environ une demi-heure plus tard, le convoi s’arrêta pour le repas. L’homme qui était avec Marouën parti immédiatement chercher le chef des Itinérants tandis que Marouën s’installait en compagnie des Thüls. Certains avaient déjà commencé à boire. Des conversations partaient toujours quelques rires. Et en se prêtant à quelques unes d’elles, Marouën retrouva le moral et rit de bon cœur.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous autour d’un bon repas qui augmenta la bonne humeur des voyageurs. À la fin de celui-ci, le chef le prit à part et lui demanda comment il se sentait.
- Un peu mieux, répondit-il.
- C’est bien. Peux-tu m’en dire plus sur cette attaque ?
- Et bien… je n’ai pas vraiment compris moi-même. J’étais en train de surveiller les alentours et puis d’un coup j’ai pas pu revenir dans mon corps. Alors je suis allé plus profondément dans l’Imagination et puis j’ai vu celui qui m’avait attaqué.
- À quoi il ressemblait ?
- Je sais pas, c’est comme s’il n’était rien. Je ne sais même pas si c’est un homme ou une femme.
- Hm… continue s’il te plaît.
- Le… truc… s’est mis à me parler, me dire que je devais le venger ou un truc comme ça, je me souviens plus exactement.
- Et ?
Marouën se mit à trembler avant d’entamer la suite :
- Je… il… il m’est carrément rentré dans le corps. Je pouvais rien faire.
- C’est tout ?
- Euh… oui.
Il s’était attendu à un peu plus de compassion mais pas à autant d’indifférence. Enfin, il était le chef de tout un convoi, il ne pouvait pas s’attarder sur chacun, c’était compréhensible. Mais Marouën s’était attendu à autre chose. Il prit alors vraiment conscience qu’il était entré dans le monde des ’’adultes’’.
- Demain ou après demain, on sera proche de Tintiane. Je veux que tu ailles voir un Rêveur à ce moment-là. Ce qu’il t’est arrivé est vraiment très étrange. Pour le moment je veux que tu te reposes, laisse les Thüls se charger de la surveillance.
- Merci beaucoup.
Finalement il n’était peut-être pas aussi insensible que ça.

Le soleil déclina lentement, teintant progressivement le ciel de multiples couleurs. Érina commençait à avoir faim. Depuis quelques minutes, son ventre n’arrêtait pas de gronder. Pourtant quand le convoi s’était arrêté en début d’après-midi, elle avait chapardé un ou deux trucs çà et là. Ça l’avait rassasiée sur le coup, mais ce n’était pas assez pour tenir jusqu’à la fin de la journée. Et comme elle s’était trompée de chariot, elle ne pouvait plus avoir accès à la farine qu’il y avait dans le premier.
Mais pour le moment, elle avait faim. Dès qu’ils s’arrêteraient, elle irait se remplir les poches de nourriture et elle se ferait toute une provision. Cependant elle était un peu plus inquiète pour son grand frère qu’elle n’avait pas vu depuis qu’elle avait « rejoint » le convoi.
Elle avait l’impression qu’il s’était passé quelque chose. Mais pas forcément en mal.

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MessageSujet: Re: Entre rêve et réalité   Lun 5 Aoû - 13:57

Chapitre 5

Lorsque la nuit tomba enfin, mettant le fin mot sur cette longue première journée, le convoi s’arrêta. On alluma un feu de camp et l’on mangea. Puis une fois le repas terminé, les tours de garde furent distribués.
Marouën partit dans la caravane qu’il occupait depuis la veille et se prépara à aller se coucher. Lui qui était parti pour avoir des aventures, il était servi. En un jour, il avait déjà vécu un truc extraordinaire ! Il posa sa main sur sa poitrine, à l’endroit où la chose avait fait rentrer son bras avant d’introduire son corps en lui. Il craignait qu’en s’endormant, il ne devienne une autre personne, qui utiliserait son corps à volonté. Tout ça pour accomplir une revanche.
Il se leva d’un coup. Absolument hors de question qu’il dorme ! Il resterait éveillé, peu importe son état de fatigue. Ne surtout pas laisser le truc prendre possession de son corps. Et puis de toute façon, demain il verrait un Rêveur et alors il serait enfin débarrassé de cette horreur !
Il Dessina une petite lumière orangée et se glissa hors de la caravane. Il se mit à fureter dans le camp, rencontrant parfois les Thüls qui montaient la garde. Il arriva tout au bout du convoi et promena son regard sur la terre rocailleuse balayée par les vents. Sa maison était par là-bas. Peut-être derrière cette colline ? Où derrière cette forêt ?
Un éclat le fit sursauter. Ça gueulait. Marouën se précipita vers le milieu du camp, là où il y avait le feu de bois et là où il y avait tout ce raffut qui avait sûrement déjà réveillé tout le monde. Il arriva devant tout un attroupement de Thüls. Il fit des pieds et des mains sans que ça ait un grand succès – il était face à des Thüls quand même ! Puis sans savoir comment, il atterrit au milieu du cercle.

Érina n’avait pas pu sortir au moment du repas pour aller chaparder un peu de nourriture. Un Itinérant avait posé une grande caisse dans la caravane où elle était cachée. Du coup, impossible pour elle de sortir ! Elle aurait bien essayé de grimper pour passer par dessus mais étant trop petite – même en sautant – elle n’arrivait pas à attraper le rebord de la caisse avec ses petites mains.
Alors l’estomac dans les talons, elle resta assise dans un coin. À un moment, elle eut envie de faire pipi. Elle essaya à nouveau de passer par dessus la caisse. En larmes elle chercha partout un endroit qui lui permettrait de sortir et de pouvoir faire ses besoins. Elle essaya même de soulever la toile de la caravane. Sauf que celle-ci ne fit qu’un léger espace qui n’était pas assez grand pour qu’elle puisse passer, même avec sa petite taille.
Mais bon, il y avait quand même un trou qui menait à l’extérieur. Honteuse, elle enleva sa petite culotte et fit pipi à travers le trou. Soulagée, elle retourna s’asseoir dans son coin. Elle avait faim. Elle s’assoupit.
Au bout d’un moment il y eut des voix et le bruit de quelque chose qu’on bouge. Cela réveilla Érina qui se frotta les yeux. Ne voulant pas être découverte, elle se cacha du mieux qu’elle put. À sa plus grande joie la grande caisse fut décalée laissant un petit passage vers la sortie.
Quand les voix eurent disparu, elle se faufila à l’extérieur, contente d’être enfin dehors. Elle dégourdit un peu ses jambes et se demanda où elle pourrait trouver à manger. Aussi discrète qu’un chuchoteur, elle se glissa à travers le campement, cherchant dans chaque caravane là où il y aurait de la nourriture.
Sauf qu’elle n’en trouva nulle part. Désespérée, elle se mit à chouiner. Elle mit son bout de tissu dans sa bouche et le mâchouilla. Son autre main frottait ses yeux mouillés. Même si elle s’était réveillée peu de temps avant, elle était fatiguée. Et elle voulait son grand frère.
- Marouën… sanglota-t-elle.
Elle se dirigea vers le feu de camp. Il y avait un grand qui fait peur. Il était en train de ronfler et il semblait tenir dans sa main un bout de pain. La salive monta à Érina qui s’approcha très, très lentement du grand qui fait peur. Une fois arrivée juste à côté de lui, elle tira sur le morceau de pain mais le grand qui fait peur le tenait très fort !
Érina s’énerva et tira encore plus fort dessus. Un tout petit bout de la mie se cassa. Elle le mit aussitôt dans sa bouche et le mâcha très vite avant de l’avaler goulument. Elle avait encore faim alors elle essaya à nouveau de prendre le pain.
Sauf que deux yeux marron et méchants croisèrent les siens. L’intensité du regard fit pousser un hurlement à Érina. Aussitôt tout le monde sortit des caravanes pour se diriger vers la source de ce bruit. Le Thül attrapa le petit bras de Érina et la souleva du sol comme une poupée de chiffon.
- Qu’est-ce que tu fais ici, toi ?!
Érina se mit à pleurer. Le grand qui fait peur lui faisait mal.
- Arrête de geindre et réponds-moi !
Sauf qu’elle pleura de plus belle. Ses cris étaient très désagréables aux oreilles des Itinérants.
- Mais bon sang, Korm ! Lachez-là ! Vous voyez bien qu’elle ne se calmera pas sinon.
C’était un homme qui avait parlé. Le dénommé Korm lui lança un regard peu avenant mais déposa Érina au sol. Celle-ci s’effondra au sol et pleura, pleura, pleura… L’homme qui avait sommé le Thül à lâcher la fillette s’approcha d’elle et s’accroupit.
- Qui es-tu ?
- Ouin ! Ouiiin !
- Mais faites-la taire ! s’écria un Itinérant qui venait de sortir de sa caravane.
Rapidement, un cercle se forma autour d’Érina. Cette dernière serra fort son doudou contre elle et pleura toujours plus fort. Ses yeux déversaient de vrais torrents d’eau, terminant en cascade en quittant son visage pour aller s’écraser au sol en une pluie diluvienne.
Les hommes et les Thüls discutaient entre eux, se demandant quoi faire. Un brouhaha incroyable se créa. Ça sonnait comme un bourdonnement aux oreilles d'Érina qui ne pouvait le supporter. Elle voulait son grand frère. Elle voulait Marouën. Elle voulait ses bras. Sa chaleur. Sa présence rassurante.
Et comme par magie, il fut là, lui jetant un regard fatigué et ô combien étonné. Ses yeux étaient tout ronds.
- Érina, qu’est-ce que tu fais là ? réussit-il à dire.
- Ma… Marouën… sanglota-t-elle.
Elle tendit les bras vers lui, un rideau de larmes toujours sur son visage. Marouën hésita mais la prit finalement dans ses bras, la serrant fort contre lui. Elle mouilla le haut du Dessinateur mais celui-ci n’en avait cure. Il se contentait de la bercer doucement sous les yeux éberlués des Itinérants.
Le chef de ceux-ci se posta alors devant Marouën dont le cœur fit un bond. Il avait un air sévère.
- Je pense que tu nous dois des explications, jeune Dessinateur.
- Je… Et bien… je ne sais pas du tout ce qu’elle fait là, finit-il dans un murmure, la tête baissée.
- Et que comptes-tu faire pour ça ? fit-il en désignant Érina du doigt.
Marouën resserra sa prise sur sa petite sœur qui sanglotait doucement.
- Je ne sais pas…
Le chef du convoi haussa un sourcil, énervé.
- Nous ne prenons pas de passagers clandestins, précisa-t-il. Soit tu l’as laisse là, soit tu payes sa place.
- Je… je vais payer.
- Bien.
Marouën alla chercher sa bourse qu’il avait laissée dans sa caravane. Érina enserrait toujours ses petites mains autour de son cou et elle le regardait évoluer dans les lieux. Il trouva sa bourse et revint au feu de camp. Il paya le chef des Itinérants et sa bourse s’en retrouva considérablement allégée. Il fit un peu la moue en soupesant le petit sac en cuir.
Le problème étant réglé, tout le monde s’éparpilla, retournant dans sa caravane où à son poste. C’est à ce moment-là que le ventre d’Érina se manifesta.
- Y’ai faim.
Marouën soupira. Il ne s’était vraiment pas attendu à ce que Érina le suive et il n’avait vraiment pas envie de s’occuper d’elle. C’était son aventure à lui – même si elle avait mal commencé. Il vit soudain Érina comme un poids. Atterré par ses pensées, il secoua la tête pour les chasser.
Tu ne devrais pas renfermer tes vrais sentiments comme ça.
Marouën sursauta, manquant faire tomber Érina qui le regarda sans comprendre, plus aucune larme ne baignait ses yeux. L’Alavirien tourna la tête de tous les côtés pour essayer de trouver la personne qui avait parlé. Mais il n’y avait personne. Avait-il entendu ça dans sa tête ?
Il ignora. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire. Érina le regarda avec des yeux brillants.
- Y’ai faim, répéta-t-elle.
Marouën sortit de ses pensées et la regarda, revenant soudain à la Réalité. Il lui sourit gentiment.
-Oui, oui. Je vais te trouver à manger, ne t’inquiète pas.
Il se dirigea vers la caravane qui faisait office de cuisine. Il déposa Érina à terre et se servit en nourriture dans les placards. Puis il la lui donna. Celle-ci eut un grand sourire et se mit à dévorer son maigre repas. Marouën s’assit face à elle et la regarda manger.
Quand elle eut terminé, il la reprit dans ses bras. Elle nicha sa tête dans son cou et le Dessinateur fut convaincu qu’elle commençait à s’endormir. Il la porta jusqu’à sa caravane et l’installa sur son lit de fortune.
- Marouën, murmura Érina.
- Oui ?
- Le tour…
- Très bien.
Il alluma un de ses doigts d’une lueur vert pomme. Dans l’air, il traça quelques traits. Ils restèrent pendant quelques secondes avant de disparaître dans une sorte de fondu. Puis son auriculaire s’illumina de rose fuchsia. Il approcha son petit doigt du visage de Érina et la lumière se compacta en une petite boule avant de doucement se transformer en cœur. La fillette passa la main pour l’attraper mais il disparut.
- Bon, tu es fatiguée maintenant, alors il faut que tu dormes.
- L’est pas fini le tour !
Marouën eut un léger sourire et fit apparaître de la lumière à tous ses doigts. Il passa sa main dans l’air, comme pour attraper quelque chose et les lumières se séparèrent du bout de ses ongles. Elles voletèrent dans l’atmosphère. Des perles de sueur commencèrent à apparaître sur le front de Marouën.
Les différentes couleurs s’écartèrent, puis d’un coup elles se mélangèrent toutes à une vitesse vertigineuse. Une lumière blanche, éblouissante, envahit l’habitacle faisant se fermer les yeux de ses occupants. Elle monta jusqu’à la toile où elle se fondit. Des particules de couleurs voyagèrent à travers le tissu solide. Puis elles se stoppèrent et formèrent de petites étoiles blanches. Pendant quelques temps elles clignotèrent avant de s’éteindre définitivement.
Complètement assommé, Marouën s’allongea à côté d'Érina qui papillonnait des paupières. Il mit au placard sa décision de rester éveillé. Il l’avait même complètement oubliée. Il se contenta juste de s’endormir aux côtés de sa petite sœur, tous les mauvais instants de la journée disparaissant au fil de son sommeil.

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MessageSujet: Re: Entre rêve et réalité   Ven 11 Oct - 21:47

Chapitre 6

Il tourna la tête alors que le vert fondait sur lui. Sans rien comprendre de ce qui était en train de se passer, le violet le traversa. Il voulut se retourner pour faire face au rouge, mais le jaune l’encercla. Puis finalement le bleu lui murmura d’être calme. Il essaya de faire disparaître le orange mais ses doigts ne firent que passer au travers du rose.
Marouën ne comprenait plus rien de ce qu’il se passait. Les couleurs l’entouraient de toutes parts. Il fit un tour sur lui-même dans l’espoir de trouver une issue à cet arc-en-ciel de couleur.
C’est comme si elles avaient attendu qu’il fasse cela. Elles s’élevèrent puis fondèrent sur lui, peignant son corps de toutes les couleurs existantes ainsi que d’autres inexistantes. Le noir se fit autour de lui. Puis la chose apparut, d’un blanc éclatant. Marouën sentit son sang se glacer et ses entrailles se liquéfier alors qu’elle s’approchait de lui.
Bonjour Marouën Erilic.
Le susnommé déglutit et fut incapable de dire un seul mot. Il avait peur. Il ne savait pas où il était. Il ne comprenait rien.
Le turquoise se déplaça dans son corps pour que le carmin vienne colorer son visage en pourpre.
Et si nous discutions un peu ? Nous n’en avons pas vraiment eu l’occasion hier.
Marouën ouvrit la bouche mais aucun son ne sortit si ce n’est que sa langue devint cyan. Il referma ses lèvres alors qu’il sentait la colère l’envahir. Il n’était même pas capable de parler et l’autre voulait discuter ?!
J’ai suivi toutes tes pensées, tu sais, commença la chose. Et je ne vais pas prendre le contrôle de ton corps, ne t’inquiète donc pas pour ça. Disons, que tu es, pour le moment, simplement mon réceptacle. Je vois et entends tout ce que tu fais, mais je ne peux pas agir.
Marouën était abasourdi. Certes, il était plutôt content d’apprendre qu’il allait rester maître de son corps mais… il n’avait plus aucune intimité ! Marouën sentait la colère étreindre de plus en plus son corps qui en passant par l’écarlate se colora de bleu roi.
La chose continua comme si de rien n’était :
Comprends-le, Marouën. Je ne te veux aucun mal. Au contraire, je vais te donner le Pouvoir. Grâce à ta sœur Érina, tu as obtenu la Créativité. Maintenant, il ne te reste plus que la Volonté à trouver. C’est sur le chemin de celle-ci que tu auras l’occasion de me venger. Et tu comprendras alors à quel point ma vengeance est ta vengeance.
Le Dessinateur fulminait. Il n’en voulait pas de son Pouvoir. Et il ne comptait se venger de personne et pour personne. Le carmin s’empara de ses prunelles, le kaki préférant ses pupilles. Soudain, il sentit une pression se relâcher, et il put enfin parler. Il déversa alors toute sa rage et sa haine sur l’inconnu :
- Espèce de sale Ts’lich ! Tu crois que ça me fait plaisir d’avoir à partager MON corps et MA tête avec quelqu’un d’autre ?! Mais je m’en fous royalement du Pouvoir, je veux juste que tu me laisses tranquille ! C’est pas compliqué, non ?!! Tu n’es qu’un fourbe raï !
Calme-toi Marouën Erilic. Cela ne sert à rien de s’énerver. Ça ne fera que les attirer encore plus.
- Mais tu as écouté ce que j’ai dit ?!
Cependant, un détail avait attiré l’attention de Marouën. Le mauve changea le blond cendré de ses cheveux. Qu’est-ce qu’il attirait ? Au fur et à mesure que ses pensées s’interrogeaient sur cela, sa colère redescendait petit à petit. Le marron envahit ses mains jaunâtres.
La chose s’approcha et un étrange sourire gris s’esquissa sur son visage. Elle n’était plus qu’à quelques centimètres de Marouën. Celui-ci, même d’aussi près, ne voyait toujours pas à quoi ressemblait l’autre. Son visage, ses yeux, son nez, tout son corps n’avaient pas de traits particuliers, ils n’avaient pas de couleur non plus. Contrairement à Marouën qui était envahi par celles-ci. Cassis, bleu marine, saumon, auburn.
La chose dit alors :
Je vois que tu n’as toujours aucune idée de comment me nommer. Que dirais-tu de Time (1) ? C’est mon prénom.
Et sur ces mots, dans une effusion d’émeraude, Time embrassa Marouën.

L’Alavirien se réveilla en sursaut, son dos s’arquant. Le souffle court, il tenta d’apaiser sa respiration. Une étrange boule dans la gorge, il s’assit. Son regard se porta sur Érina qui dormait profondément à côté de lui. Ce n’est qu’alors qu’il prit réellement conscience qu’il n’était plus dans les rêves – dans les cauchemars plutôt.
Il jeta un coup d’œil à l’extérieur, le ciel hésitait entre le bleu et le gris, des nuages parsemant sa voûte. Il pleuvra sûrement dans la journée.
Ses mains se portèrent au collier que lui avait offert Lawoïs. Depuis qu’il le portait, il avait pris l’habitude de le toucher de temps en temps. Mais au lieu de lui apporter le petit réconfort habituel, il écarquilla les yeux en se rendant compte que le collier avait changé.
La lanière d’argent était toujours la même mais les deux perles étaient maintenant d’une beauté encore plus magnifique et sensationnelles qu’elles ne l’étaient avant. Une belle couleur rubis avait remplacé celle d’avant, qui était légèrement bleutée.
Marouën ne comprenait vraiment plus du tout ce qui lui arrivait. Trop d’événement d’un coup, ça a de quoi chambouler ! Il avait quitté le village dans lequel il avait passé toute sa vie, il s’était fait attaquer par une chose étrange portant le nom de Time, Érina était apparue, il avait fait un rêve des plus étranges se terminant sur une note encore plus bizarre et les perles de son collier changeaient de couleur ! C’était vraiment trop pour lui.
Marouën se laissa tomber sur sa couche en poussant un soupir. Ce n’était vraiment pas la joie. Il se demandait même s’il ne vivait pas un rêve perpétuel.
Le monstre qui vivait dans son corps l’avait embrassé ! Et le Dessinateur ne savait même pas s’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon. Il avait hâte d’arriver à Tintiane et qu’on le débarrasse enfin de ce parasite.
Érina poussa un petit gémissement, ce qui attira aussitôt l’attention de Marouën. Elle grimaçait mais au bout de quelques secondes, elle se détendit. Elle devait faire un mauvais rêve. L’Alavirien poussa un léger soupir puis se releva.
Il sortit de la caravane et se laissa glisser à terre. Les restes du feu de bois de la veille laissaient encore échapper de la fumée. Un Thül était assis par terre, une grande hache dans les mains. On aurait dit qu’il était en train de dormir.
Marouën se balada un peu entre les caravanes, cherchant à se détendre et à oublier les événements passés. Il croisa deux ou trois Itinérants qui le saluèrent mais tous les autres devaient encore être en train de dormir. Marouën ne s’était pas rendu compte qu’il s’était réveillé aussi tôt.
Un fois arrivé en tête du convoi, il repartit vers l’arrière. Sa balade avait assez duré. Quand il atteignit sa caravane, il découvrit Érina debout et bien réveillée. Dès qu’elle le vit, elle se jeta sur lui comme un brûleur sur une goule.
- T’étais où ?
- Je me promenais.
- J’ai faim.
- On va manger.
Il déposa sa petite sœur à terre et lui prit la main pour la guider. Le convoi se réveillait lentement, chacun se saluant. Puis on raviva le feu de camp et on se prépara à aller manger. Érina s’assit à côté de son frère sur l’herbe et ne le lâcha pas une seconde de tout le repas.
Une fois celui-ci terminé, les Itinérants se préparèrent à partir. Le chef du convoi demanda à Marouën de faire une vérification des alentours, celui-ci s’exécuta alors avec une certaine appréhension, les événements de la veille étant encore bien frais dans son esprit. Mais heureusement, il ne détecta aucune présence et personne ne vint l’attaquer pendant qu’il Dessinait une sorte de radar.
Une fois sa vérification faite, les caravanes partirent, avec un groupe de trois Thüls en éclaireur. On approchait de Tintiane donc il ne devrait pas avoir de mauvaises rencontres. Et puis ils avaient depuis bien longtemps quitté les plateaux d’Astariul, le village de Marouën étant à la limite de ceux-ci.
Érina fixait Marouën avec un intérêt visible. Il y avait quelque chose de changé chez son frère mais elle ne savait dire quoi. Il avait l’air plus inquiet aussi. Elle se mit en tête d’essayer de faire rire son frère. Elle lui parla donc avec entrain. Mais n’étant qu’une enfant, elle ne savait pas vraiment rassurer quelqu’un. Ses tentatives se montrèrent donc vaines.
Lorsque le soleil fut à son apogée dans le ciel, on fit passer entre les caravanes des bâtonnets de coureurs que tous mangèrent avec plus ou moins d’appétit. Et lorsque le soleil entama sa descente, il se mit à pleuvoir. Très légèrement, mais il plut.
Érina rentra donc dans la caravane tandis que Marouën se recouvrait comme il pouvait avec son manteau en peau de coureur tout en tenant les rennes des chevaux. À travers le bruit de la pluie, il survint soudain un craquement. Tout le monde tourna la tête vers l’origine de ce bruit. Le convoi s’arrêta progressivement et Marouën descendit, piqué par la curiosité. Deux Thüls le rejoignirent.
Quelle ne fut pas leur stupeur quand ils découvrirent un raï ! Qui, en plus, portait un ruban rouge autour du bras. Aussitôt, le Thül le plus proche de Marouën eut un grognement et arma son lourd arc de combat alors que le raï poussa soudain un borborygme et tourna le dos, prêt à s’enfuir en courant. Mais le Thül n’avait assurément pas l’intention de le laisser s’échapper. Il relâcha ses doigts. La flèche partit en un sifflement jusqu’à l’arrière-train du raï. Celui-ci poussa un cri de douleur avant de disparaître d’un coup, surprenant tout le monde.
Les commentaires se mirent aussitôt à fuser, chacun y allant de son idée, concernant cet étrange raï au ruban rouge. Il était très étrange d’en voir un aussi bas au Sud et aussi près de Tintiane. Et il était encore plus rare d’en croiser un tout seul ! Mais ce qui était le plus incompréhensible, c’était le fait qu’il soit apparu d’un coup pour disparaître aussi promptement. Mais n’ayant fait aucun mal, on l’oublia bien vite. Tout le convoi retourna à ses activités.
Revenu à sa caravane, Marouën décrivit ce qu’il s’était passé à Érina qui avait les yeux qui brillaient. C’était la première fois qu’elle voyait un raï ! Elle en était toute excitée et demandait quantité de détails à Marouën que, malheureusement, il ne pouvait donner.

Lorsque le soleil vint rencontrer l’horizon, projetant une lumière orangée sur la plaine, le convoi arriva finalement près de Tintiane. Contrairement à Ondiane, l’endroit ressemblait plutôt à un monastère. Des murs de pierres permettaient d’empêcher l’intrusion des bêtes indésirables mais pas forcément des personnes indésirables. Marouën pouvait deviner que derrière cette simple forteresse se cachait des jardins bien entretenus.
On arrêta le convoi et le chef de celui-ci vint voir Marouën. À ses côtés, se tenait l’homme qui devait être le trésorier.
- Marouën, tu vas aller à Tintiane en compagnie d’Orak. Les étrangers ne sont jamais très bien acceptés là-bas – sauf lorsqu’il est question de soin – et en particulier les Thüls. Donc même s’ils acceptent notre présence dans les environs, nous n’avons pas le droit de séjourner chez eux.
- D’accord.
- Reviens demain matin au plus tard.
Marouën hocha la tête et il suivit Orak qui, sans un mot, se dirigea vers le monastère. Marouën tenta de débuter une conversation avec l’étrange homme mais celui-ci ne décrocha pas un seul son. Alors le Dessinateur se tut et marcha en silence.
Lorsqu’ils atteignirent les portes de Tintiane, la nuit était presque tombée. Bizarrement, le cœur de Marouën se mit à battre de plus en plus vite. C’allait être la première fois qu’il rencontrerait des rêveurs. Leur façon de Dessiner était-elle aussi différente que celle des Dessinateurs « normaux » ?
Orak frappa sur l’huis et un judas s’ouvrit presque aussitôt. Des yeux d’un bleu étonnant se posèrent sur les deux Itinérants.
- C’est pour quoi ?
Le trésorier décocha alors ces tous premiers mots :
- L’gamin a un p’tit p’blème.
Sa voix était rauque et dure et on avait l’impression qu’il souffrait pour chaque mot prononcé. Il rajouta :
- L’s’est fait attaquer dans l’Imaginaire.
Les yeux bleus s’écarquillèrent avant de retrouver une apparence calme. Le judas se referma et la porte s’ouvrit. Un homme d’une trentaine d’année fit son apparition. Ses yeux bleus contrastaient étonnamment avec sa tunique d’un rouge carmin.
- Entrez.
Marouën et Orak s’avancèrent dans Tintiane.

(1) À prononcer à la française et non à l'anglaise ;)

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